II . Les années folles 1919-1929
• Histoire
À Paris, pendant la Première Guerre mondiale, la population n'a pas perdu l'art de s'amuser. On fit la fête au début pour se moquer de l'ennemi et se donner du courage : il allait prendre une belle raclée qui laverait l'affront de 1870 et ferait oublier la honte de l'affaire Dreyfus pour l'armée française. On poursuivit la fête ensuite, pour distraire les permissionnaires. Puis, quand trop d'horreurs eurent enlevé aux « poilus » l'envie de rire, la fête continua pour se consoler.
Après la fin du conflit, une génération nouvelle rêve d'un monde nouveau et proclame « Plus jamais ça ! ». On s'empresse de lui proposer de nouvelles griseries sur fond de musique. Venu d'Amérique avec les Alliés, le jazz fait son apparition.
L'utopie positiviste du XIXe siècle et son crédo progressiste font place à un individualisme déchaîné et extravagant. André Gide et Marcel Proust donnent le ton littéraire de cette tendance qui s'exacerbe et croît avec le mouvement dada dont Tristan Tzara publie le manifeste. Le surréalisme d'André Breton n'est pas loin. L'Art nouveau foisonnant, fauché par la guerre, cède la place aux épures précieuses de l'Art déco.



Les années 1920 furent une période de grand changement en ce qui concerne les femmes. En effet, devenues plus indépendantes pendant la guerre, elles troques leurs longues robes ainsi que leur cheveux longs contre un aspect plus masculin : chapeaux cloches, cheveux courts, jupes courtes. Ce fut un rejet de l'image féminine. Elles abandonnent le corset, les décolletés à l'arrière apparaissent. Les femmes, et plus particulièrement les femmes riches pratiquent le sport.
o Les Femmes & les années folles.

- Une métamorphose des corps
Corps libérés, affinés, musclés, ensoleillés... Une véritable métamorphose des corps féminins s'est produite au XXe siècle, en même temps que s'élaborent de nouvelles représentations de la femme, indépendante et active. C'est sur un changement de silhouette que s'inaugure la beauté du XXe siècle, « métamorphose » amorcée entre les années 1910 et 1920 : lignes étirées, gestes allégés. Les jambes se déploient, les coiffures se relèvent, la hauteur s'impose. Les effigies de Vogue ou de Femina, en 1920, sont sans rapport avec celles de 1900 : « Toutes les femmes donnent l'impression d'avoir grandi. » Leur allure glisse de l'image de la fleur à celle de la tige, de la lettre « S » à la lettre « I ». Cette gracilité n'est pas seulement formelle.






- L'émergence d'un nouveau style de vie
Après la première guerre mondiale, comme pour rattraper le temps perdu, les années 20 s'amusent avec frénésie, au rythme du jazz et du charleston, applaudissent Josephine Baker et sa Revue Nègre, découvrent la vitesse et le monde grâce à l'automobile et l'avion, aiment les activités de plein air pratiquées par des femmes qui n'ont plus peur d'avoir le teint hâlé.
Figure emblématique, la "garçonne" porte des tenues et des accessoires masculins (chapeau melon, cravate, monocle...) le jour, et des vêtements ultra-féminins la nuit. Cette femme est jeune, a la silhouette androgyne et des moeurs libres qui préfigure la femme moderne.
C'est le par excellence des Années folles, avec ses cheveux coupés, ses robes raccourcies, sa silhouette tubulaire est une figure de mode androgyne qui hésite entre masculinisation et invention d'une nouvelle féminité. Elle incarne, de manière ambigüe, l'émancipation des femmes.
. Une nouvelle féminité s'invente alors : le cou et la nuque dégagés mettent en valeur de grandes boucles d'oreilles. Sur les bras dénudés scintillent de nombreux bracelets rigides, serrés à « l'esclave », tandis que le mouvement du corps est souligné par de multiples bijoux fantaisies et broches.
Le pantalon, emblème de la virilité occidentale apparaît à la fin des années vingt dans la garde-robe féminine même s'il est déjà porté dès 1920 pour le ski, l'équitation, la chasse ou le golf ( Or, les dames avant devaient porter des robes et monter à cheval en amazone) . Il existe également sous forme de pyjama de soie pour remplacer la robe d'intérieur dès 1924.
A partir de 1926, jusqu'à 1929, il s'agit d'un nouveau style, appelé « l'époque des écoliers », les femmes redeviennent plus féminines, les jupes sont au genou, les bas et les chaussures se remarquent.
La crise économique de 1929, qui entraîne l'effondrement de nombreuses fortunes et les bouleversements sociaux, a une profonde influence sur l'évolution de la mode.
Dès la fin des années 1920, on assiste à une remise en valeur des formes du corps en rupture avec la mode androgyne prévalant jusqu'ici, c'est l'introduction de teintes beaucoup plus neutres telles que le beige ou le noir.
(L'entre deux guerres est dominé par Chanel, célèbre en partie grâce à ses robes en soie et mousseline.

• Les limites de l'émancipation
Les adversaires à cette émancipation ne manquèrent pas d'assimiler les garçonnes aux lesbiennes, utilisant ainsi l'homophobie contre les femmes. Ainsi, on estime que l'on peut presque toujours suspecter une homosexualité chez les femmes qui portent les cheveux courts ou qui s'habillent comme des hommes ou qui pratiquent les sports ou les passe-temps de leur entourage masculin. Le marquage du sexe par le vêtement est en effet à cette époque un trait culturel fondamental. Il assigne chaque sexe à sa place dans toutes les manifestations de la vie sociale. Pourtant, dans ce siècle marqué par la domination masculine, adopter l'habit des hommes est un geste d'affranchissement. Ainsi des femmes bravent les sarcasmes et deviennent des modèles pour celles éprises de liberté: Rosa Bonheur, George Sand ... Les opposants à l'émancipation des femmes font courir la rumeur que les coupes courtes provoquent des calvities, ou, au contraire active la pilosité du visage.
A l'écart des changements, la campagne restera longtemps fidèle à ses traditions vestimentaires et à ses costumes régionaux. Ainsi, longtemps, certains curés refuseront la communion aux jeunes filles en pantalon. L'école laïque ne se montrera guère plus tolérante en interdisant le pantalon jusque la fin des années soixante, sauf pendant les rigueurs hivernales, à condition qu'il soit porté sous la Jupe. En 1930, le droit des femmes de s'habiller en homme est même débattu devant les tribunaux. Ainsi, Violette Morris, entraîneuse de la Fédération féminine sportive de France porte plainte car sa fédération lui a retiré sa licence en raison de sa tenue jugée trop masculine.






Corps libérés, affinés, musclés, ensoleillés... Une véritable métamorphose des corps féminins s'est produite au XXe siècle, en même temps que s'élaborent de nouvelles représentations de la femme, indépendante et active. Pour l'historien Georges Vigarello, l'histoire s'inscrit dans les corps.
Rien de plus culturel que la beauté physique. Rien de plus mêlé aux statuts, aux valeurs, aux marchés. Rien de plus « total » aussi que cette beauté où se croisent gestes, signes et traits. Les changements dans l'apparence féminine dès les premières décennies du XXe siècle en sont un exemple canonique. Allures plus libres, lignes plus souples, expressions plus soulignées, tout dans la mise en scène de soi donne l'indice de transformations qui la dépassent : celles qui révolutionnent la place du féminin dans la société.
C'est sur un changement de silhouette que s'inaugure la beauté du XXe siècle, « métamorphose » amorcée entre les années 1910 et 1920 : lignes étirées, gestes allégés. Les jambes se déploient, les coiffures se relèvent, la hauteur s'impose. Les effigies de Vogue ou de Femina, en 1920, sont sans rapport avec celles de 1900 : « Toutes les femmes donnent l'impression d'avoir grandi. » Leur allure glisse de l'image de la fleur à celle de la tige, de la lettre « S » à la lettre « I ». Cette gracilité n'est pas seulement formelle.
Cheveux courts, silhouette élancée en robe tubulaire pour danser toute la nuit ou confortable ensemble de maille le jour: la mode des "années folles" (1919-1929), d'une étonnante modernité, témoigne de l'émancipation des femmes et de l'émergence d'un nouveau style de vie.
Elle fait l'objet à partir du samedi 20 octobre d'une exposition au musée Galliera à Paris qui montre combien la période voit se libérer le corps des femmes et naître de nouveaux canons de la beauté.

L'exposition (170 modèles et 200 accessoires) veut sortir de "l'image d'Epinal" de la mode des années 20 (robe droite, chapeau cloche, sautoir, coupe au carré) et mettre en avant sa "modernité".

Après la première guerre mondiale, comme pour rattraper le temps perdu, les années 20 s'amusent avec frénésie, au rythme du jazz et du charleston, applaudissent Josephine Baker et sa Revue Nègre, découvrent la vitesse et le monde grâce à l'automobile et l'avion, aiment les activités de plein air pratiquées par des femmes qui n'ont plus peur d'avoir le teint hâlé.
Figure emblématique, la "garçonne" porte des tenues et des accessoires masculins (chapeau melon, cravate, monocle...) le jour, et des vêtements ultra-féminins la nuit. Une vitrine est consacrée à cette femme jeune, à la silhouette androgyne et aux moeurs libres qui préfigure la femme moderne.

L'exposition met en lumière le contraste entre la garde-robe du soir et de la nuit, tout en lamés et broderies précieuses, et celle du jour, plus sobre et influencée par le vestiaire masculin.

Dès son arrivée, le visiteur est plongé dans l'atmosphère des dancings de Pigalle, de Montmartre ou de Montparnasse. Les "robes à danser", droites et sans manches, en tulle ou crêpe de soie brodés de strass et de perles, comportent des panneaux qui permettent le mouvement, comme cette robe de 1923 signée Lenief, baptisée "Ouvert la nuit", du nom d'un roman de Paul Morand paru en 1922.

L'exposition présente d'autres robes signées Paul Poiret, Jacques Doucet, Jean Patou, Lucien Lelong...

Les soirées mondaines ou de gala imposent une élégance plus luxueuse. On pourra notamment admirer le manteau "Sigurd" dessiné par Jeanne Lanvin en 1927, en taffetas de soie brodé de paillettes et de fils métalliques et des accessoires comme des chaussures-bijoux aux talons strassés, des diadèmes, éventails, sautoirs et pochettes.

L'élégante des "années folles" adopte une tenue habillée dès la fin de l'après-midi. A partir de 1924, elle peut porter une petite robe noire créée par Coco Chanel.

Le jour, "les ensembles en maille (sweater et jupe) deviennent la base de la garde-robe alors que jusque dans les années 10, la maille était plutôt réservée au sport". "On les porte jusque vers 4-5H du soir". Le rôle majeur de Coco Chanel qui pendant la guerre de 14 commence à exploiter le jersey est également à souligner.
Confort et sobriété sont les maîtres mots de ce vestiaire conçu pour des femmes actives qui pourront voyager lovées dans un manteau baptisé "100 à l'heure" et porter des chandails similaires à ceux des hommes.

L'exposition montre la variété des sources d'inspiration des couturiers. La découverte du tombeau de Toutankhamon en 1922 donne par exemple naissance à des motifs de lotus ou de hiéroglyphes tandis que Paul Poiret taille une veste dans une nappe russe rappportée de voyage.

Dans le cadre de cette exposition, d'autres manifestations (expositions, courts et longs métrages) sont prévus notamment au musée Baccarat et au musée d'Orsay.


Coco Chanel
Le couturier le plus influent des années 20 était la couturière française Gabrielle "Coco" Chanel. Elle est considérée comme étant par beaucoup "la créatrice de la femme moderne". Elle a semblé connaître quelles femmes ont eu besoin, et sa figure de garçon mince lui a fait un excellent modèle pour ses propres créations. Chanel a estimé que les vêtements traditionnels pour des femmes étaient trop confinant et peu adaptés pour les femmes actives des années '20. Elle était un pionnier en adaptant les modes des hommes, telles que le chandail et le blazer, dans les vêtements occasionnels que les femmes pouvaient porter. Ses pyjamas de plage étaient toute la fureur vers la fin des années 20 et le début des années 30. Elle a frayé un chemin d'utilisation des laines Jersey pour des costumes et pour sa "la petite robe noire" avec le collier et les manchettes blancs.
Toujours un poseur de tendance, Chanel était un du premier de 'bob' ses cheveux, pour fumer des cigarettes, et pour afficher un soleil tan, qui jusqu' aux années 20 a été considéré vulgaire. Elle a conçu et a favorisé ses " bijoux d'illusion " (bijoux de costume) qui ont incorporé des chaînes d'or avec de grandes pierres d'imitation de gemme et perles synthétiques. Chanel était fameuse par son costume classique comportant une veste sans collier avec contraster l'équilibre tressé et une jupe droite. La simplicité et l'élégance minimisée étaient les cachets de toutes ses conceptions.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le vendredi 20 février 2009 06:26

2) Chanel
19 août 1883
• Une naissance des plus banales pour une femme qui ne le sera jamais. Gabrielle Bonheur Chanel voit le jour à Saumur. Ses deux parents sont Albert et Jeanne Chanel. Sa mère meurt épuisée par des grossesses successives et par le travail qu'elle effectuait sur les marchés dans le froid alors que Gabrielle n'a que 12 ans. Son père, colporteur, l'abandonne pour faire fortune en Amérique. Les religieuses du couvent d'Aubazine la recueillent, ainsi que ses deux s½urs Julia, 13 ans, et Antoinette, 8 ans,. C'est sous la voûte cistercienne de ce temple du silence où les religieuse nobles l'habillent en noir- déjà - , elle apprend l'austérité, les bonnes manières, la solitude.À l'âge de 18 ans, Gabrielle est confiée aux dames chanoinesses de Moulins, qui lui apprennent le pointilleux métier de couseuse. Tout l'art de se taire en tirant l'aiguille. Elle y retrouve sa tante Adrienne. Elles ont le même âge et surtout la même ambition : s'en sortir. En 1903, habile à manier le fil et l'aiguille, elle est placée en qualité de couseuse dans une maison spécialisée en trousseaux et layettes.

1908
• Gabrielle devient Coco, la chanteuse de music-hall admirée par une horde de jeunes garçons fortunés ou titrés. Sa jolie silhouette Mince, son ½il de jais, son visage triangulaire de chat séduisent Etienne Balsan, un homme du monde qui l'initie à son univers. C'est avec ce passioné de cheval que Gabrielle-Coco Chanel découvrira la stricte élégance, la rationalité presque militaire des vêtements d'équitation. En selle, une discipline s'impose : ne jamais travailler en force, toujours en souplesse, avec allure... Fuir l'effet au profit de la discrétion : La haute école a ceci de commun avec la haute couture. Elle y rencontre Boy Capel. Plus beau, plus brillant que les autres, il devient son amant. Ce dernier comprend vite que la jeune femme veut employer sa tête et ses mains pour acquérir son indépendance.

1909
• Etienne Balsan prête sa garçonnière parisienne, Coco la transforme en atelier. Elle y crée des chapeaux, trésors de sophistication à l'encontre des courants vestimentaires de l'époque. L'aventure commence au château de Royallieu où les chapeaux qu'elle ne fabrique que pour elle séduisent les mondaines qui fréquentent le lieu. Sans formation technique et dépourvue d'outils de fabrication, Coco achète ses formes de chapeaux dans les grands magasins et les garnit, avant de les revendre.

1910
• Coco la modiste s'installe 21 rue Cambon. Avec l'enseigne « Chanel Modes » pour créer des chapeaux. Elle y élargit sa gamme de produits. La sobriété du tailleur qu'elle porte cette même année à Longchamp crée l'engouement : sa ligne de vêtement haute couture est lancée. Elle s'habille avec une simplicité qui fait sensation et est suivie par le Tout-Paris.

1913
• Ouverture de sa première boutique de mode à Deauville, lieu de villégiature préféré des élégantes de l'époque. Elle invente une mode sport avec une ligne en jersey qui révolutionne non seulement la relation des femmes à leur corps mais aussi leur façon de vivre.

1916
• Les pénuries de tissus et de main d'½uvre dues à la Première Guerre mondiale créent de nouveaux besoins pour les femmes. Chanel les perçoit et achète des pièces d'un jersey utilisé à l'époque pour des dessous. En empruntant un style de vêtements destinés aux hommes et en imposant le travail du jersey, Chanel donne un nouveau tournant à la mode. Une séduction authentique et naturelle basée sur une mode fluide et confortable privilégiant la liberté de bouger, en refusant l'ostentatoire et l'inutile. Son premier modèle est publié dans Harper's Bazaar. Cette consécration lui permet de rembourser Boy et d'accéder à l'indépendance financière qu'elle désire tant.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le vendredi 20 février 2009 06:25

b) La grande Guerre 1914-1918
- Les femmes, piliers de l'effort de guerre
Beaucoup d'images de propagande de la guerre montrent que les femmes soutiennent vigoureusement l'effort de la guerre. Leur attitude est cependant aussi diverse que leur vie. Certaines sont des patriotes fanatiques.
A l'opposé ont trouve les pacifistes, tout aussi minoritaire que les ardentes patriotes. Mais l'opinion de la majorité des femmes se situe plutôt à mi-chemin. Beaucoup ont déjà compris que leur propre travail sert à « libérer » les hommes pour qu'ils aillent faire la guerre. Quelques femmes de classe moyenne abandonnent rapidement leur nouvel emploi justement pour ne pas soutenir le conflit. De leur côté, les femmes du peuple doivent travailler bien que l'une d'entre elle avoue « La seule idée que j'utilise mes énergies vitales pour détruire des âmes humaines me déprime. Mais je fais ce que je peux pour que cette horrible affaire se termine »
Cette image de vaillance des femmes est devenue un cliché.
Avec la guerre, les conditions d'existence des civils se dégradent. Les femmes se reconvertissent dans les usines d'armement, remplacent les hommes des emplois secondaires ou, à la campagne, s'occupent de la ferme. Après leur journée de travail, celles qui sont mariées doivent encore se consacrer, seules, à leur famille, patienter dans les files d'attente interminable (rationnement oblige) à peine de quoi manger ou se chauffer. Elles vivent dans la peur de perdre leur mari, leur fils, un parent ou un ami ; certaines doivent aussi assumer la charge d'un proche, blessé ou invalide. Cette nouvelle situation des femmes ne dure que l'espace de la guerre, après, elles reprendront leur vie et retrouveront leur statut antérieur d'infériorité au travail et à la maison.
La paysannerie forme le groupe social le plus sacrifié à la guerre. En France, on compta à peu près 600 000 paysans tués (ce qui correspond à 1/10 des paysans). Contrairement à certains groupes urbains, les paysans n'avaient pas les moyens d'échapper à leur devoir militaire.
Les familles restées à l'arrière virent changer leur mode de vie : les femmes durent prendre de nombreuses responsabilités, nouvelles pour elles.
La guerre commencée au moment des vendanges et des moissons , les femmes durent s'unir pour poursuivre : « il faut finir la moisson en réunissant les femmes, les jeunes qui ne sont pas encore mobilisable, les vieux qui ne le sont plus » (mémé Santerre)
Elles étaient soutenues et encouragées par le gouvernement à continuer pour leur subsistance et celle de leurs hommes : « Je vous demande de maintenir l'activité des campagnes de terminer les récoltes de l'année, de préparer celles de l'année prochaine. » (Discours de René Viviani en août 1914)
L'hiver fut très dur, en effet le pain venait souvent à manquer, elles mangeaient un peu de tout mais essentiellement des châtaignes, abondantes et nourrissantes. La séparation de leur mari fut très dure et cette guerre espérée si courte se révéla très longue.
Pendant quatre ans les femmes durent s'efforcer de subsister sans leurs pères, maris, frères ou encore fils. Le travail des moissons effectué par les femmes était très difficile. Elles durent apprendre à effectuer des travaux les plus durs et gérer leurs exploitations de la manière la plus rentable. Ainsi dans de nombreuses lettres des soldats à leurs femmes, ces derniers demandaient des nouvelles de la famille bien sur, mais également des moissons, vendanges ou autres travaux importants dans la vie des paysans. Ils profitaient pour donner des conseils à leurs femmes afin qu'elles ne soient pas désarmées face aux travaux et que les exploitations ne souffrent pas trop de leurs absences.
Voici un extrait d'une carte postale qu'envoya un soldat à sa femme : 3 mai 1915 « Il y a juste 9 mois ce matin que nous nous disions au revoir pensant nous revoir bien plus tôt sans doute et maintenant, on est encore à se demander quand ce moment arrivera, car les nouvelles sont toujours bonnes et pour finir on ne voit pas grand changement, enfin Dieu aura pitié de nous et un dénouement peut se produire peut-être plus vite qu'on le crois. Ce matin nous sommes descendus des avants postes et nous voilà encore au repos pour 2 jours, ce matin le temps est couvert et ça à l'air de vouloir changer de temps. J'ai reçu avant-hier une lettre de pierre [...]. Nous voilà bien d'abord au moment des chaleurs fortes et surtout des grands travaux, serais-je rentré pour les foins, c'est encore en mystère. Peux tu venir à bout de tout ce travail ? Rien de nouveau par ici ni de changé. Je vous embrasse tous affectueusement Jean » Il faut savoir que les soldats français étaient victimes de la censure.
La première guerre mondiale fut très meurtrière et de nombreux soldats furent blessés. Il y a donc un besoin urgent en infirmière qui poussa les femmes à s'engager en masse. Ainsi celles-ci veillaient auprès des blessés et tentaient de les sauver. La plupart des infirmières travaillaient dans un hôpital mais le transport été périlleux, souvent trop long et surtout il pouvait se révélé dangereux. C'est donc pourquoi elles devaient se trouver le plus près possible du front. Elles se retrouvaient alors dans des tentes à une distance minime du front malgré le danger que cela représentait. Bien qu'elles fassent preuve d'un courage exceptionnel, ces femmes étaient généralement volontaire et ne recevaient aucun salaire.
Evidement les conditions d'hygiène n'étaient pas propices à la guérison. De plus les outils de travail étaient sommaires et les médicaments le plus souvent déficients étaient remplacés par des produits plus accessibles mais moins efficaces voir inappropriés.
En 1916 toutes les ambulances étaient conduites par des femmes. De plus elles devaient pouvoir intervenir en toutes situations, des blessés du front au soldats gazés. Pour ces derniers elles devaient pratiquer la respiration artificielle.
En conclusion, les femmes n'ont pas hésité à s'engager pour tenter de sauver les soldats et apporter elles aussi leur soutien à la nation. Elles ont fait preuve d'un grand courage et ont prouvé qu'elles pouvaient affronter la peur, le front et les hommes. Elles furent nombreuses à donner leur vie pour sauver celle des combattants.
Les femmes ont remplacé les hommes durant la première guerre mondiale dans certains métiers, notamment dans l'industrie, d'autres ont été créés, spécialement pendant cette période, pour les femmes afin qu'elles produisent des munitions.
LES FEMMES DANS LES USINE DE MUNITIONS
Certaines usines métallurgiques ont été reconverties en usine d'armement, principalement en France.. La production des usines de guerre étant importante, celles-ci eurent besoin d'une main d'½uvre plus importante, ce qui favorisa l'entrée des femmes dans la vie active. Ces femmes, en plus de leurs activités traditionnelles (agriculture, textile...) occupaient donc une emploi dans les usines d'armement, les bureaux, les transports et tous les secteurs du travail manuel. Elles travaillaient souvent 70 heures par semaine à l'usine, néanmoins elles n'ont pas obtenu à un traitement égalitaire par rapport aux hommes sur le plan salarial ; ce qui aboutit en 1917 à des grèves contre cette discrimination. Ces grèves étaient la plupart du temps liées avec la protestation contre le coût élevé de la vie.
En plus de leurs emplois traditionnels dans l'agriculture ou le textile, les femmes travaillent maintenant aussi dans les usines d'armement, les bureaux, les transports et tous les secteur du travail manuel. Ces ouvrières d' usine d'armement auraient dû bercer des enfants plutôt que des obus.
La guerre oblige à une redistribution de la main d'½uvre féminine. Les femmes remplacent partout les hommes, comme cette contrôleuse de tramway à Toulouse, cette mécanicienne du métro à Paris ou encore cette femme qui porte un sac de coke, et dont la seule image suffirait à dissiper les idées fausses sur le travail des femmes pendant la guerre. Beaucoup de ces travaux sont monotones et épuisant d'autant que les ouvriers travaillent souvent plus de 70 heures par semaines.

Pendant la 1ère guerre mondiale la contribution des femmes à l'effort de guerre a revêtu des formes multiples :
- courage des femmes d'agriculteurs qui, dans une France encore à dominante rurale et agricole, ont dû assumer à partir de l'été 1914 les durs travaux des champs ;
- dévouement des infirmières qui ont soigné les soldats blessés dans les hôpitaux de guerre et les maisons de convalescence ;
- compassion des « marraines de guerre » qui écrivaient et envoyaient des colis aux soldats du front, rendaient visite aux blessés dans les hopitaux ;
- courage aussi des femmes des villes qui ont dû pallier le manque de main d'oeuvre dans de nombreux secteurs d'activités, distribuant le courrier, conduisant les tramways, travaillant plus de 10 heures par jour dans les usines d'armement.
• L'appel aux Françaises de Viviani
Le 7 août 1914, le Président du Conseil René Viviani, qui songe à une guerre courte, lance un appel aux femmes françaises, en fait aux paysannes, les seules dont il pense avoir un besoin urgent dans les campagnes désertées par les hommes.
Il leur parle le langage viril de la mobilisation et de la gloire :
« Debout, femmes françaises, jeunes enfants, filles et fils de la patrie.
Remplacez sur le champ de travail ceux qui sont sur le champ de bataille.
Préparez-vous à leur montrer, demain, la terre cultivée, les récoltes rentrées, les champs ensemencés !
Il n'y a pas, dans ces heures graves, de labeur infime.
Tout est grand qui sert le pays.
Debout ! A l'action ! A l'oeuvre !
Il y aura demain de la gloire pour tout le monde ».
La mobilisation des ouvrières est bien plus tardive, pas avant la fin de l'année 1915, dans un contexte bien différent.
Elles seront 400 000 fin 1917, début 1918, à l'apogée de la mobilisation féminine, alors que l'ensemble du personnel féminin du commerce et de l'industrie dépasse de 20 % son niveau d'avant-guerre.
14-18. Le magazine de la Grande Guerre, n° 1, avril-mai 2001
• Les « munitionnettes »
La plupart des hommes en âge de travailler avaient été mobilisés en 1914.
Au fur et à mesure que s'envola l'espoir d'une guerre courte et qu'on s'engageait dans
une guerre longue et totale exigeant une mobilisation de l'économie, il fallut ramener dans les usines les ouvriers les plus qualifiés, et aussi faire appel à la main d'oeuvre féminine.
Un certain nombre de femmes travaillaient déjà avant la guerre, mais elles étaient le plus souvent cantonnées dans des tâches considérées comme secondaires.
Ce qui était nouveau et frappa les esprits, ce fut leur embauche dans les usines d'armement, dont les ouvrières furent bientôt désignées sous le nom de « munitionnettes ».
Les « munitionnettes » donnèrent lieu dans la presse à des dessins jetant un regard nouveau non dépourvu d'humour, sur le travail féminin et le statut de la femme au sein de la famille et de la société.
• L'emploi des femmes dans les usines Renault de Billancourt
Effectif salarié total Nombre de femmes salariées % de femmes
au sein du personnel
Janvier 1914 4 970 190 3,8
Décembre 1916 20 157 3 654 18,1
Printemps 1918 21 400 6 770 31,6
d'après 14-18. Le magazine de la Grande Guerre, n° 1, avril-mai 2001.
• La pénibilité du travail dans les usines d'armement
La journaliste Marcelle CAPY, féministe et libertaire, travaille quelques semaines incognito dans une usine de guerre.
Son témoignage paraît dans La Voix des femmes entre novembre 1917 et janvier 1918 :
« L'ouvrière, toujours debout, saisit l'obus, le porte sur l'appareil dont elle soulève la partie supérieure. L'engin en place, elle abaisse cette partie, vérifie les dimensions ( c'est le but de l'opération), relève la cloche, prend l'obus et le dépose à gauche.
Chaque obus pèse sept kilos. En temps de production normale, 2 500 obus passent en 11 heures entre ses mains. Comme elle doit soulever deux fois chaque engin, elle soupèse en un jour 35 000 kg.
Au bout de 3/4 d'heure, je me suis avouée vaincue.
J'ai vu ma compagne toute frêle, toute jeune, toute gentille dans son grand tablier noir, poursuivre sa besogne. Elle est à la cloche depuis un an. 900 000 obus sont passés entre ses doigts. Elle a donc soulevé un fardeau de 7 millions de kilos.
Arrivée fraîche et forte à l'usine, elle a perdu ses belles couleurs et n'est plus qu'une mince fillette épuisée.
Je la regarde avec stupeur et ces mots résonnent dans ma tête :
35 000 kg ».
14-18. Le magazine de la Grande Guerre, n° 1, avril-mai 2001
L'appel aux femmes dans les campagnes comme dans les villes pour remplacer aux champs et dans les usines les hommes mobilisés au front n'a pas permis à lui seul de faire face à la pénurie de main d'oeuvre.
Il a fallu aussi recourir aux jeunes, aux personnes âgées et aux travailleurs indigènes venus des colonies.

Pour la majorité des femmes, l'après-1ère guerre mondiale s'est traduit par un retour à la normale et aux valeurs traditionnelles.
Dans une France traumatisée par la saignée démographique qu'avait provoquée la 1ère guerre mondiale, les femmes ont été rappelées à leur rôle d'épouses, de maîtresses de maison et de mères de famille .
Au recensement de 1921, les femmes au travail n'étaient pas plus nombreuses qu'avant 1914, mais la guerre les avaient fait accéder à des fonctions de responsabilités.
C'est ainsi que 630 000 veuves étaient devenues chefs de famille, tandis que le déséquilibre entre les sexes ( 1 103 femmes pour 1 000 hommes ) conduisaient un certain nombre de femmes restées célibataires à se comporter en égales de l'homme.

Au sortir de la Première Guerre Mondiale, les femmes françaises commencent à s'émanciper, beaucoup sont veuves et donc contraintes de travailler. Elles ont soif de liberté et veulent avant tout être à l'aise dans leurs vêtements.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le vendredi 20 février 2009 06:25

I. Avant années folles

1) a- « La Belle époque » 1870-1914
Les femmes et les étrangers représentent la majorité de la population mais il s'agit d'une majorité quasi-marginalisée, dans un monde strictement hiérarchisé et dominé par les catégories sociales de la haute société. En effet, les femmes subissent la suprématie masculine : celle du père tout d'abord, puis du mari.
Le devoir d'obéissance est rappelé par le Code civil (article 213). Une femme a nécessairement la même nationalité que celle de son époux. Ce dernier a presque tous les droits sur elle : il doit surveiller la conduite de sa femme, il peut intercepter son courrier - et non le contraire... c'est illégal ! L'épouse doit habiter le domicile choisi par le mari, celui-ci devant assurer à sa femme logement, vêtement, nourriture, remèdes en cas de maladie, etc. Le « devoir conjugal » permet au mari d'user de violences - avec certaines limites - sans risques pour lui ; il peut aussi se montrer infidèle sans autre pénalité qu'une amende. En revanche, l'inverse est lourdement sanctionné, puisque la peine peut aller de trois mois à deux ans de prison (article 337 du Code pénal) avec cependant quelques assouplissements après 1870.Une femme ne peut pas exercer une activité professionnelle sans l'accord du père ou de l'époux et longue est la liste de ce qu'elle ne peut effectuer sans leur accord. Citons quelques exemples : se présenter à un examen, s'inscrire dans une université, ouvrir un compte en banque, avoir un passeport personnel, un permis de conduire, se faire soigner dans un établissement médical si elle le juge nécessaire.... Le mari a tous les pouvoirs en ce qui concerne les biens communs et il administre ceux de son épouse. Celle-ci ne peut en disposer sans son accord. À partir de 1881, les choses s'améliorent un peu puisque la loi admet qu'une femme puisse effectuer des retraits d'argent à la Caisse d'épargne. En juillet 1907, une loi est votée mettant en place le système des « biens réservés » (salaire, économies, etc) que l'épouse peut gérer s'ils sont réservés en priorité aux besoins du ménage. Une femme mariée qui travaille peut ainsi obtenir la propriété et l'usage de son salaire. Cependant, le mari peut attaquer sa femme devant les tribunaux s'il estime que celle-ci n'use pas convenablement de ces biens...
Vivre sans la tutelle masculine est presque impossible. Une mineure est soumise à son père, divorcer est extrêmement difficile et la femme solitaire connaît un sort particulièrement délicat, à moins de disposer d'une fortune personnelle. En effet, si elle doit travailler pour survivre, elle touchera systématiquement un salaire inférieur à celui d'un homme puisque l'on considère le salaire féminin comme un appoint. Ce dernier point nous conduit à envisager les femmes et le travail. En 1914 la proportion de femmes qui travaillent est de 37 pour 63 hommes actifs. Celles-ci sont dans des situations de grande précarité, de vulnérabilité, et en proie aux violences de toutes sortes si elles sont ouvrières. En 1911 elles représentent 38% du monde ouvrier, en particulier dans les industries du textile et de l'habillement, que ce soit en travailleuses à domicile, en atelier ou en usine. La durée du travail est fixée par la loi Millerand de mars 1900, à 11 h au maximum et avec des pauses ; au bout de deux ans après la promulgation de la loi, on abaisse le temps de travail à 10 h 30.Les conditions sont très dures : le repos hebdomadaire n'est rétabli qu'en 1906 de manière officielle, mais le repos dominical existait, et on pouvait parfois ne pas travailler le lundi, mais sans être payé. La discipline dans les entreprises est souvent draconienne et les conditions d'hygiène, les tâches et les cadences éprouvantes. Au final, les ouvrières et surtout les ouvrières à domicile sont l'objet d'une exploitation de la part du patronat, bien que la loi Millerand permette la multiplication des inspecteurs du travail.
Les emplois de type artisanal sont nombreux : plumassière, modiste, corsetière, couturière, lingère, blanchisseuse, etc. Ces emplois sont mieux rémunérés que ceux cités précédemment et les conditions un peu moins difficiles. Certaines femmes parviennent à gagner ainsi un peu mieux leur vie. Beaucoup de femmes sont paysannes et beaucoup parmi les plus jeunes deviennent domestiques et quittent leur campagne pour les villes. Cette catégorie de personnes présente une grande diversité et certaines dites « de maison » sont bien mieux rémunérées et considérées que d'autres, c'est le cas par exemple des cuisinières ou des gouvernantes. Cependant, si leur condition peut sembler meilleure que celle des ouvrières, il ne faut pas oublier qu'elles sont souvent attachées leur vie durant à la famille aisée qui les emploie, ce qui les voue à une vie de solitude forcée et durable dans bien des cas, et à bien peu de liberté ! Elles sont nourries, hébergées et bénéficient - du moins en principe - d'une sécurité plus grande que les ouvrières.
Au début du siècle (1901) les domestiques de sexe féminin étaient environ 783 000 pour 170 300 hommes. Outre la domesticité, les femmes ont accès à des métiers demandant une certaine qualification : elles sont sages-femmes, infirmières, nourrices et on les trouve en ville à des postes de travail dans les imprimeries, les métiers de l'alimentation et les commerces divers où elles sont vendeuses. Plus instruites elles sont secrétaires, assistante sociales ou demoiselles des Postes ou du téléphone. On notera que si ces derniers emplois sont accessibles tôt en province, ils ne le deviennent qu'à partir de 1890 à Paris, avec le privilège d'un salaire fixe mais aucune possibilité d'avancement... L'administration des Postes et Télégraphes est la seule, avec l'Instruction publique qui soit accessible aux femmes.

Toutes ces femmes ne constituent finalement qu'une petite minorité, leurs salaires sont relativement peu élevés et ce sont souvent des célibataires. Les progrès de l'école et surtout de l'instruction laïque vont permettre aux femmes d'accéder à d'autres activités et naturellement aux savoirs. Les lois de Victor Duruy (1867) et plus tard de Camille Sée (1880) permettent en 1914 à environ 33 000 jeunes filles d'accéder à l'enseignement secondaire, ce qui est marginal pour un pays qui comptait en 1911 un peu plus de 39 millions d'habitants. Les femmes peuvent enfin accéder aux écoles normales en 1879 on en comptait alors 67 pour tout le pays. Ceci dit, des voix se sont élevées lors de la promulgation de ces lois, comme en témoigne cet article du journal « Le Gaulois » :
Contre l'éducation des jeunes filles.
La jeune fille française, élevée dans la protection vigilante de la famille, avait été avec soin préservée de l'éducation garçonnière et des brutalités de la science. Elle grandissait parmi les sourires et les joies, comme une fleur dans le soleil ; elle grandissait dans une poétique ignorance des mystères des choses [...]. Et cette paix candide de jeune fille, cette délicieuse floraison de pudiques désirs, ces élans d'idéale bonté qui plus tard font l'amour de l'épouse, le dévouement de la femme et le sacrifice de la mère, tout ce charme exquis, toute cette poésie [...], tout cela va disparaître ! On va supprimer la jeune fille [...]. On leur apprendra tout, même la rébellion contre la famille, même l'impureté. Elles n'auront même pas été vierges avant de devenir femmes...
Journal Le Gaulois, 25 novembre 1880. Malgré ces remises en cause, l'instruction des filles se poursuit même si, à ce moment-là, la préoccupation principale vise l'instruction seule et qu'on ne se préoccupe pas des débouchés sur le marché du travail. L'enseignement laïc pour les filles ne laisse guère de place ni au latin, ni à la philosophie, ni aux disciplines scientifiques... En 1901 il y a dans les lycées et collèges 58 000 garçons et 7 800 filles. Les femmes professeurs sont mal vues des dames de la bourgeoisie, elles sont jugées trop émancipées, aux m½urs suspectes et aux idées parfois dangereuses... Les instituteurs et institutrices sont durant l'année scolaire 1912-1913 estimés au nombre de 125 000 pour toute la France... C'est dire la place que peuvent occuper les femmes, malgré d'incontestables progrès dans cette profession. En dehors des cas déjà envisagés, il reste encore des activités possibles, mais elles sont marginales et souvent mal considérées : actrices, danseuses, chanteuses, peintres ou sculpteurs sont fort peu nombreuses. Quant aux prostituées, et autres « demi-mondaines », elles constituent un groupe marginal, varié et fort hiérarchisé constitué de femmes d'origines modestes (ouvrières, filles de la campagne, domestiques) et qui compte dans la société de la Belle Époque. Finalement, - du point de vue de l'idéologie dominante - le mieux est encore que la femme ne travaille pas ! En effet, ne dit-on pas que le travail pervertit l'appareil reproducteur féminin, qu'il présente un risque certain de corruption au plan moral, qu'il écarte aussi les femmes de leurs tâches domestiques et les rend incapables d'élever des enfants en bonne santé ? « La Belle Époque présente donc trois modèles de femmes : la madone, la muse ou la séductrice » (M. Winock). Dans ces conditions, la femme au travail ne peut pas être valorisée. La bourgeoisie se distingue des catégories déjà envisagées par le fait que la femme n'y travaille pas (sauf de rares exceptions) et a même à son service un ou plusieurs domestiques. La « vie bourgeoise » suppose des revenus, des rentes et/ou une fortune, et l'on est rarement bourgeois individuellement. La famille entière l'est généralement, et l'on consacre bien plus d'argent aux études des garçons qu'à celles des filles, parfois carrément sacrifiées. De toute manière, si cours il y a, ils seront donnés à la maison, par un précepteur. Mais on sélectionnera soigneusement les disciplines enseignées. Les leçons de piano sont incontournables pour une jeune bourgeoise bien élevée. Une « bonne éducation » consiste également à apprendre à « recevoir » et à connaître les « bonnes manières ». Aller au lycée n'est pas fréquent, mais on envoie volontiers les filles dans des pensions religieuses, malgré les lois votées sous la Troisième République, qui encouragent« l'essor d'un enseignement féminin laïc ». En effet, comme le confiait une dame à Edmond Goblot : « Au lycée, ma fille se trouverait avec les enfants de mes fournisseurs... ». Cette dernière phrase est révélatrice de l'état d'esprit de la bourgeoisie de l'époque. Il y aurait beaucoup à dire sur la morale, les m½urs, l'éducation des jeunes filles et la place qu'y occupent leurs mères, mais ceci fera l'objet d'un prochain article. Pourtant, peu à peu, la société et les m½urs évoluent et certaines femmes manifestent la volonté de jouer un rôle dans ce monde dirigé par les hommes. Ce sont les célèbres « suffragettes » par exemple, qui militent pour le droit de vote et l'exercice de fonctions politiques. Des femmes accèdent à l'enseignement supérieur : elles sont un peu plus de 2000 en 1914, soit le quart des effectifs, mais être médecin ou avocat relève de l'exceptionnel. De très rares féministes se risquent à s'exprimer dans quelques journaux, osent entrer dans des lieux interdits aux femmes, tels que la Bourse ou la Chambre des députés, et prétendent exercer des professions exclusivement masculines : scientifique de haut niveau comme Marie Curie, ou médecin aliéniste comme Madeleine Pelletier en 1903. Ces personnalités fortes sont toutefois des pionnières qui font encore scandale et, malgré d'incontestables évolutions au cours de la période de la Belle Époque, il reste évident que d'énormes progrès demeurent à accomplir pour donner aux femmes une place plus importante. La Grande Guerre sera pour elles l'occasion de montrer leurs compétences et leur valeur dans de nombreux domaines, la surmortalité masculine due au conflit ne laissera guère d'autre choix à la société française que de leur donner - enfin, et à quel prix ! - une place plus importante, et digne d'elles.

La Mode de la Belle époque inspirée par l'art nouveau redessine la silhouette féminine de ce début de XX ème siècle. En effet le corset était porté par toutes les femmes, il assurait une taille de guêpe et un maintient altier à sa porteuse assurant ainsi une silhouette très structurée : les hanches et fesses sont projetées en arrière, les reins très cambrés, tandis que la poitrine pigeonne. De profil, la femme a donc une silhouette dite en S. Ainsi, les lignes rigides jusqu'alors se font plus souples et courbes, se parent d'élégantes dentelles et d'atours multiples.
Les jupes perdent de leur ampleur, tandis que les bustes s'amincissent avec le nouveau corset ou la guêpière. La cambrure est manifeste, la poitrine pigeonnante.
Les dessous sont à l'honneur, les dentelles, rubans et autres frous-frous embellissent les sous-vêtements. Tandis que lignes se simplifient peu à peu, le chapeau devient alors l'accessoire essentiel, celui qui se démarquera. Il est si possible extraordinaire, affublé de fleurs, de fruits ou encore de plumes, et se pose sur toutes les têtes. L'ombrelle ainsi que l'éventail sont également des accessoires incontournables. De façon générale, la jupe a perdu de l'ampleur de façon assez régulière, des années 1870 à 1910, tandis que le haut du corps, après avoir commencé à s'élargir pour compenser (manches gigot des années 1895), s'est mis lui aussi à s'amincir. À quelques exceptions près, la silhouette n'a cessé de perdre de l'ampleur et de la superbe, avant d'aboutir aux vêtements basiques et utilitaires du XXe siècle.



[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le vendredi 20 février 2009 06:24

II

II . Les années folles .

Les années 1920 furent une période de grand changement en ce qui concerne les femmes. En effet, devenues plus indépendantes pendant la guerre, elles troques leurs longues robes ainsi que leur cheveux longs contre un aspect plus masculin : chapeaux cloches, cheveux courts, jupes courtes .. Ce fut un rejet de l'image féminine.
Elles abandonnent le corset, les décolletés à l'arrière apparaissent. Les femmes, et plus particulièrement les femmes riches pratiquent le sport.

La garçonne, symbole par excellence des Années folles, la garçonne, avec ses cheveux coupés, ses robes raccourcies, sa silhouette tubulaire est une figure de mode androgyne qui hésite entre masculinisation et invention d'une nouvelle féminité. Elle incarne, de manière ambigüe, l'émancipation des femmes. Les adversaires à cette émancipation ne manquèrent pas d'assimiler les garçonnes aux lesbiennes, utilisant ainsi l'homophobie contre les femmes. Ainsi, on estime que l'on peut presque toujours suspecter une homosexualité chez les femmes qui portent les cheveux courts ou qui s'habillent comme des hommes ou qui pratiquent les sports ou les passe-temps de leur entourage masculin. Le marquage du sexe par le vêtement est en effet à cette époque un trait culturel fondamental. Il assigne chaque sexe à sa place dans toutes les manifestations de la vie sociale. Pourtant, dans ce siècle marqué par la domination masculine, adopter l'habit des hommes est un geste d'affranchissement. Ainsi des femmes bravent les sarcasmes et deviennent des modèles pour celles éprises de liberté: Rosa Bonheur, George Sand ... Les opposants à l'émancipation des femmes font courir la rumeur que les coupes courtes provoquent des calvities, ou, au contraire active la pilosité du visage. Mais une nouvelle féminité s'invente alors : le cou et la nuque dégagés mettent en valeur de grandes boucles d'oreilles. Sur les bras dénudés scintillent de nombreux bracelets rigides, serrés à « l'esclave », tandis que le mouvement du corps est souligné par de multiples bijoux fantaisies et broches.

Le pantalon, emblème de la virilité occidentale apparaît à la fin des années vingt dans la garde-robe féminine même s'il est déjà porté dès 1920 pour le ski, l'équitation, la chasse ou le golf. Il existe également sous forme de pyjama de soie pour remplacer la robe d'intérieur dès 1924. A l'écart des changements, la campagne restera longtemps fidèle à ses traditions vestimentaires et à ses costumes régionaux. Ainsi, longtemps, certains curés refuseront la communion aux jeunes filles en pantalon. L'école laïque ne se montrera guère plus tolérante en interdisant le pantalon jusque la fin des années soixante, sauf pendant les rigueurs hivernales, à condition qu'il soit porté sous la Jupe. En 1930, le droit des femmes de s'habiller en homme est même débattu devant les tribunaux. Ainsi, Violette Morris, entraîneuse de la Fédération féminine sportive de France porte plainte car sa fédération lui a retiré sa licence en raison de sa tenue jugée trop masculine.

A partir de 1926, jusqu'à 1929, il s'agit d'un nouveau style, appelé « l'époque des écoliers », les femmes redeviennent plus féminines, les jupes sont au genou, les bas et les chaussures se remarquent.
La crise économique de 1929, qui entraîne l'effondrement de nombreuses fortunes et les bouleversements sociaux, a une profonde influence sur l'évolution de la mode.
Dès la fin des années 1920, on assiste à une remise en valeur des formes du corps en rupture avec la mode androgyne prévalant jusqu'ici, c'est l'introduction de teintes beaucoup plus neutres telles que le beige ou le noir.
( L'entre deux guerres est dominé par Chanel, célèbre en partie grâce à ses robes en soie et mousseline.

# Posté le mardi 17 février 2009 09:05