II . Les années folles 1919-1929
• Histoire
À Paris, pendant la Première Guerre mondiale, la population n'a pas perdu l'art de s'amuser. On fit la fête au début pour se moquer de l'ennemi et se donner du courage : il allait prendre une belle raclée qui laverait l'affront de 1870 et ferait oublier la honte de l'affaire Dreyfus pour l'armée française. On poursuivit la fête ensuite, pour distraire les permissionnaires. Puis, quand trop d'horreurs eurent enlevé aux « poilus » l'envie de rire, la fête continua pour se consoler.
Après la fin du conflit, une génération nouvelle rêve d'un monde nouveau et proclame « Plus jamais ça ! ». On s'empresse de lui proposer de nouvelles griseries sur fond de musique. Venu d'Amérique avec les Alliés, le jazz fait son apparition.
L'utopie positiviste du XIXe siècle et son crédo progressiste font place à un individualisme déchaîné et extravagant. André Gide et Marcel Proust donnent le ton littéraire de cette tendance qui s'exacerbe et croît avec le mouvement dada dont Tristan Tzara publie le manifeste. Le surréalisme d'André Breton n'est pas loin. L'Art nouveau foisonnant, fauché par la guerre, cède la place aux épures précieuses de l'Art déco.
Les années 1920 furent une période de grand changement en ce qui concerne les femmes. En effet, devenues plus indépendantes pendant la guerre, elles troques leurs longues robes ainsi que leur cheveux longs contre un aspect plus masculin : chapeaux cloches, cheveux courts, jupes courtes. Ce fut un rejet de l'image féminine. Elles abandonnent le corset, les décolletés à l'arrière apparaissent. Les femmes, et plus particulièrement les femmes riches pratiquent le sport.
o Les Femmes & les années folles.
- Une métamorphose des corps
Corps libérés, affinés, musclés, ensoleillés... Une véritable métamorphose des corps féminins s'est produite au XXe siècle, en même temps que s'élaborent de nouvelles représentations de la femme, indépendante et active. C'est sur un changement de silhouette que s'inaugure la beauté du XXe siècle, « métamorphose » amorcée entre les années 1910 et 1920 : lignes étirées, gestes allégés. Les jambes se déploient, les coiffures se relèvent, la hauteur s'impose. Les effigies de Vogue ou de Femina, en 1920, sont sans rapport avec celles de 1900 : « Toutes les femmes donnent l'impression d'avoir grandi. » Leur allure glisse de l'image de la fleur à celle de la tige, de la lettre « S » à la lettre « I ». Cette gracilité n'est pas seulement formelle.
- L'émergence d'un nouveau style de vie
Après la première guerre mondiale, comme pour rattraper le temps perdu, les années 20 s'amusent avec frénésie, au rythme du jazz et du charleston, applaudissent Josephine Baker et sa Revue Nègre, découvrent la vitesse et le monde grâce à l'automobile et l'avion, aiment les activités de plein air pratiquées par des femmes qui n'ont plus peur d'avoir le teint hâlé.
Figure emblématique, la "garçonne" porte des tenues et des accessoires masculins (chapeau melon, cravate, monocle...) le jour, et des vêtements ultra-féminins la nuit. Cette femme est jeune, a la silhouette androgyne et des moeurs libres qui préfigure la femme moderne.
C'est le par excellence des Années folles, avec ses cheveux coupés, ses robes raccourcies, sa silhouette tubulaire est une figure de mode androgyne qui hésite entre masculinisation et invention d'une nouvelle féminité. Elle incarne, de manière ambigüe, l'émancipation des femmes.
. Une nouvelle féminité s'invente alors : le cou et la nuque dégagés mettent en valeur de grandes boucles d'oreilles. Sur les bras dénudés scintillent de nombreux bracelets rigides, serrés à « l'esclave », tandis que le mouvement du corps est souligné par de multiples bijoux fantaisies et broches.
Le pantalon, emblème de la virilité occidentale apparaît à la fin des années vingt dans la garde-robe féminine même s'il est déjà porté dès 1920 pour le ski, l'équitation, la chasse ou le golf ( Or, les dames avant devaient porter des robes et monter à cheval en amazone) . Il existe également sous forme de pyjama de soie pour remplacer la robe d'intérieur dès 1924.
A partir de 1926, jusqu'à 1929, il s'agit d'un nouveau style, appelé « l'époque des écoliers », les femmes redeviennent plus féminines, les jupes sont au genou, les bas et les chaussures se remarquent.
La crise économique de 1929, qui entraîne l'effondrement de nombreuses fortunes et les bouleversements sociaux, a une profonde influence sur l'évolution de la mode.
Dès la fin des années 1920, on assiste à une remise en valeur des formes du corps en rupture avec la mode androgyne prévalant jusqu'ici, c'est l'introduction de teintes beaucoup plus neutres telles que le beige ou le noir.
(L'entre deux guerres est dominé par Chanel, célèbre en partie grâce à ses robes en soie et mousseline.
• Les limites de l'émancipation
Les adversaires à cette émancipation ne manquèrent pas d'assimiler les garçonnes aux lesbiennes, utilisant ainsi l'homophobie contre les femmes. Ainsi, on estime que l'on peut presque toujours suspecter une homosexualité chez les femmes qui portent les cheveux courts ou qui s'habillent comme des hommes ou qui pratiquent les sports ou les passe-temps de leur entourage masculin. Le marquage du sexe par le vêtement est en effet à cette époque un trait culturel fondamental. Il assigne chaque sexe à sa place dans toutes les manifestations de la vie sociale. Pourtant, dans ce siècle marqué par la domination masculine, adopter l'habit des hommes est un geste d'affranchissement. Ainsi des femmes bravent les sarcasmes et deviennent des modèles pour celles éprises de liberté: Rosa Bonheur, George Sand ... Les opposants à l'émancipation des femmes font courir la rumeur que les coupes courtes provoquent des calvities, ou, au contraire active la pilosité du visage.
A l'écart des changements, la campagne restera longtemps fidèle à ses traditions vestimentaires et à ses costumes régionaux. Ainsi, longtemps, certains curés refuseront la communion aux jeunes filles en pantalon. L'école laïque ne se montrera guère plus tolérante en interdisant le pantalon jusque la fin des années soixante, sauf pendant les rigueurs hivernales, à condition qu'il soit porté sous la Jupe. En 1930, le droit des femmes de s'habiller en homme est même débattu devant les tribunaux. Ainsi, Violette Morris, entraîneuse de la Fédération féminine sportive de France porte plainte car sa fédération lui a retiré sa licence en raison de sa tenue jugée trop masculine.
Corps libérés, affinés, musclés, ensoleillés... Une véritable métamorphose des corps féminins s'est produite au XXe siècle, en même temps que s'élaborent de nouvelles représentations de la femme, indépendante et active. Pour l'historien Georges Vigarello, l'histoire s'inscrit dans les corps.
Rien de plus culturel que la beauté physique. Rien de plus mêlé aux statuts, aux valeurs, aux marchés. Rien de plus « total » aussi que cette beauté où se croisent gestes, signes et traits. Les changements dans l'apparence féminine dès les premières décennies du XXe siècle en sont un exemple canonique. Allures plus libres, lignes plus souples, expressions plus soulignées, tout dans la mise en scène de soi donne l'indice de transformations qui la dépassent : celles qui révolutionnent la place du féminin dans la société.
C'est sur un changement de silhouette que s'inaugure la beauté du XXe siècle, « métamorphose » amorcée entre les années 1910 et 1920 : lignes étirées, gestes allégés. Les jambes se déploient, les coiffures se relèvent, la hauteur s'impose. Les effigies de Vogue ou de Femina, en 1920, sont sans rapport avec celles de 1900 : « Toutes les femmes donnent l'impression d'avoir grandi. » Leur allure glisse de l'image de la fleur à celle de la tige, de la lettre « S » à la lettre « I ». Cette gracilité n'est pas seulement formelle.
Cheveux courts, silhouette élancée en robe tubulaire pour danser toute la nuit ou confortable ensemble de maille le jour: la mode des "années folles" (1919-1929), d'une étonnante modernité, témoigne de l'émancipation des femmes et de l'émergence d'un nouveau style de vie.
Elle fait l'objet à partir du samedi 20 octobre d'une exposition au musée Galliera à Paris qui montre combien la période voit se libérer le corps des femmes et naître de nouveaux canons de la beauté.
L'exposition (170 modèles et 200 accessoires) veut sortir de "l'image d'Epinal" de la mode des années 20 (robe droite, chapeau cloche, sautoir, coupe au carré) et mettre en avant sa "modernité".
Après la première guerre mondiale, comme pour rattraper le temps perdu, les années 20 s'amusent avec frénésie, au rythme du jazz et du charleston, applaudissent Josephine Baker et sa Revue Nègre, découvrent la vitesse et le monde grâce à l'automobile et l'avion, aiment les activités de plein air pratiquées par des femmes qui n'ont plus peur d'avoir le teint hâlé.
Figure emblématique, la "garçonne" porte des tenues et des accessoires masculins (chapeau melon, cravate, monocle...) le jour, et des vêtements ultra-féminins la nuit. Une vitrine est consacrée à cette femme jeune, à la silhouette androgyne et aux moeurs libres qui préfigure la femme moderne.
L'exposition met en lumière le contraste entre la garde-robe du soir et de la nuit, tout en lamés et broderies précieuses, et celle du jour, plus sobre et influencée par le vestiaire masculin.
Dès son arrivée, le visiteur est plongé dans l'atmosphère des dancings de Pigalle, de Montmartre ou de Montparnasse. Les "robes à danser", droites et sans manches, en tulle ou crêpe de soie brodés de strass et de perles, comportent des panneaux qui permettent le mouvement, comme cette robe de 1923 signée Lenief, baptisée "Ouvert la nuit", du nom d'un roman de Paul Morand paru en 1922.
L'exposition présente d'autres robes signées Paul Poiret, Jacques Doucet, Jean Patou, Lucien Lelong...
Les soirées mondaines ou de gala imposent une élégance plus luxueuse. On pourra notamment admirer le manteau "Sigurd" dessiné par Jeanne Lanvin en 1927, en taffetas de soie brodé de paillettes et de fils métalliques et des accessoires comme des chaussures-bijoux aux talons strassés, des diadèmes, éventails, sautoirs et pochettes.
L'élégante des "années folles" adopte une tenue habillée dès la fin de l'après-midi. A partir de 1924, elle peut porter une petite robe noire créée par Coco Chanel.
Le jour, "les ensembles en maille (sweater et jupe) deviennent la base de la garde-robe alors que jusque dans les années 10, la maille était plutôt réservée au sport". "On les porte jusque vers 4-5H du soir". Le rôle majeur de Coco Chanel qui pendant la guerre de 14 commence à exploiter le jersey est également à souligner.
Confort et sobriété sont les maîtres mots de ce vestiaire conçu pour des femmes actives qui pourront voyager lovées dans un manteau baptisé "100 à l'heure" et porter des chandails similaires à ceux des hommes.
L'exposition montre la variété des sources d'inspiration des couturiers. La découverte du tombeau de Toutankhamon en 1922 donne par exemple naissance à des motifs de lotus ou de hiéroglyphes tandis que Paul Poiret taille une veste dans une nappe russe rappportée de voyage.
Dans le cadre de cette exposition, d'autres manifestations (expositions, courts et longs métrages) sont prévus notamment au musée Baccarat et au musée d'Orsay.
Coco Chanel
Le couturier le plus influent des années 20 était la couturière française Gabrielle "Coco" Chanel. Elle est considérée comme étant par beaucoup "la créatrice de la femme moderne". Elle a semblé connaître quelles femmes ont eu besoin, et sa figure de garçon mince lui a fait un excellent modèle pour ses propres créations. Chanel a estimé que les vêtements traditionnels pour des femmes étaient trop confinant et peu adaptés pour les femmes actives des années '20. Elle était un pionnier en adaptant les modes des hommes, telles que le chandail et le blazer, dans les vêtements occasionnels que les femmes pouvaient porter. Ses pyjamas de plage étaient toute la fureur vers la fin des années 20 et le début des années 30. Elle a frayé un chemin d'utilisation des laines Jersey pour des costumes et pour sa "la petite robe noire" avec le collier et les manchettes blancs.
Toujours un poseur de tendance, Chanel était un du premier de 'bob' ses cheveux, pour fumer des cigarettes, et pour afficher un soleil tan, qui jusqu' aux années 20 a été considéré vulgaire. Elle a conçu et a favorisé ses " bijoux d'illusion " (bijoux de costume) qui ont incorporé des chaînes d'or avec de grandes pierres d'imitation de gemme et perles synthétiques. Chanel était fameuse par son costume classique comportant une veste sans collier avec contraster l'équilibre tressé et une jupe droite. La simplicité et l'élégance minimisée étaient les cachets de toutes ses conceptions.
• Histoire
À Paris, pendant la Première Guerre mondiale, la population n'a pas perdu l'art de s'amuser. On fit la fête au début pour se moquer de l'ennemi et se donner du courage : il allait prendre une belle raclée qui laverait l'affront de 1870 et ferait oublier la honte de l'affaire Dreyfus pour l'armée française. On poursuivit la fête ensuite, pour distraire les permissionnaires. Puis, quand trop d'horreurs eurent enlevé aux « poilus » l'envie de rire, la fête continua pour se consoler.
Après la fin du conflit, une génération nouvelle rêve d'un monde nouveau et proclame « Plus jamais ça ! ». On s'empresse de lui proposer de nouvelles griseries sur fond de musique. Venu d'Amérique avec les Alliés, le jazz fait son apparition.
L'utopie positiviste du XIXe siècle et son crédo progressiste font place à un individualisme déchaîné et extravagant. André Gide et Marcel Proust donnent le ton littéraire de cette tendance qui s'exacerbe et croît avec le mouvement dada dont Tristan Tzara publie le manifeste. Le surréalisme d'André Breton n'est pas loin. L'Art nouveau foisonnant, fauché par la guerre, cède la place aux épures précieuses de l'Art déco.
Les années 1920 furent une période de grand changement en ce qui concerne les femmes. En effet, devenues plus indépendantes pendant la guerre, elles troques leurs longues robes ainsi que leur cheveux longs contre un aspect plus masculin : chapeaux cloches, cheveux courts, jupes courtes. Ce fut un rejet de l'image féminine. Elles abandonnent le corset, les décolletés à l'arrière apparaissent. Les femmes, et plus particulièrement les femmes riches pratiquent le sport.
o Les Femmes & les années folles.
- Une métamorphose des corps
Corps libérés, affinés, musclés, ensoleillés... Une véritable métamorphose des corps féminins s'est produite au XXe siècle, en même temps que s'élaborent de nouvelles représentations de la femme, indépendante et active. C'est sur un changement de silhouette que s'inaugure la beauté du XXe siècle, « métamorphose » amorcée entre les années 1910 et 1920 : lignes étirées, gestes allégés. Les jambes se déploient, les coiffures se relèvent, la hauteur s'impose. Les effigies de Vogue ou de Femina, en 1920, sont sans rapport avec celles de 1900 : « Toutes les femmes donnent l'impression d'avoir grandi. » Leur allure glisse de l'image de la fleur à celle de la tige, de la lettre « S » à la lettre « I ». Cette gracilité n'est pas seulement formelle.
- L'émergence d'un nouveau style de vie
Après la première guerre mondiale, comme pour rattraper le temps perdu, les années 20 s'amusent avec frénésie, au rythme du jazz et du charleston, applaudissent Josephine Baker et sa Revue Nègre, découvrent la vitesse et le monde grâce à l'automobile et l'avion, aiment les activités de plein air pratiquées par des femmes qui n'ont plus peur d'avoir le teint hâlé.
Figure emblématique, la "garçonne" porte des tenues et des accessoires masculins (chapeau melon, cravate, monocle...) le jour, et des vêtements ultra-féminins la nuit. Cette femme est jeune, a la silhouette androgyne et des moeurs libres qui préfigure la femme moderne.
C'est le par excellence des Années folles, avec ses cheveux coupés, ses robes raccourcies, sa silhouette tubulaire est une figure de mode androgyne qui hésite entre masculinisation et invention d'une nouvelle féminité. Elle incarne, de manière ambigüe, l'émancipation des femmes.
. Une nouvelle féminité s'invente alors : le cou et la nuque dégagés mettent en valeur de grandes boucles d'oreilles. Sur les bras dénudés scintillent de nombreux bracelets rigides, serrés à « l'esclave », tandis que le mouvement du corps est souligné par de multiples bijoux fantaisies et broches.
Le pantalon, emblème de la virilité occidentale apparaît à la fin des années vingt dans la garde-robe féminine même s'il est déjà porté dès 1920 pour le ski, l'équitation, la chasse ou le golf ( Or, les dames avant devaient porter des robes et monter à cheval en amazone) . Il existe également sous forme de pyjama de soie pour remplacer la robe d'intérieur dès 1924.
A partir de 1926, jusqu'à 1929, il s'agit d'un nouveau style, appelé « l'époque des écoliers », les femmes redeviennent plus féminines, les jupes sont au genou, les bas et les chaussures se remarquent.
La crise économique de 1929, qui entraîne l'effondrement de nombreuses fortunes et les bouleversements sociaux, a une profonde influence sur l'évolution de la mode.
Dès la fin des années 1920, on assiste à une remise en valeur des formes du corps en rupture avec la mode androgyne prévalant jusqu'ici, c'est l'introduction de teintes beaucoup plus neutres telles que le beige ou le noir.
(L'entre deux guerres est dominé par Chanel, célèbre en partie grâce à ses robes en soie et mousseline.
• Les limites de l'émancipation
Les adversaires à cette émancipation ne manquèrent pas d'assimiler les garçonnes aux lesbiennes, utilisant ainsi l'homophobie contre les femmes. Ainsi, on estime que l'on peut presque toujours suspecter une homosexualité chez les femmes qui portent les cheveux courts ou qui s'habillent comme des hommes ou qui pratiquent les sports ou les passe-temps de leur entourage masculin. Le marquage du sexe par le vêtement est en effet à cette époque un trait culturel fondamental. Il assigne chaque sexe à sa place dans toutes les manifestations de la vie sociale. Pourtant, dans ce siècle marqué par la domination masculine, adopter l'habit des hommes est un geste d'affranchissement. Ainsi des femmes bravent les sarcasmes et deviennent des modèles pour celles éprises de liberté: Rosa Bonheur, George Sand ... Les opposants à l'émancipation des femmes font courir la rumeur que les coupes courtes provoquent des calvities, ou, au contraire active la pilosité du visage.
A l'écart des changements, la campagne restera longtemps fidèle à ses traditions vestimentaires et à ses costumes régionaux. Ainsi, longtemps, certains curés refuseront la communion aux jeunes filles en pantalon. L'école laïque ne se montrera guère plus tolérante en interdisant le pantalon jusque la fin des années soixante, sauf pendant les rigueurs hivernales, à condition qu'il soit porté sous la Jupe. En 1930, le droit des femmes de s'habiller en homme est même débattu devant les tribunaux. Ainsi, Violette Morris, entraîneuse de la Fédération féminine sportive de France porte plainte car sa fédération lui a retiré sa licence en raison de sa tenue jugée trop masculine.
Corps libérés, affinés, musclés, ensoleillés... Une véritable métamorphose des corps féminins s'est produite au XXe siècle, en même temps que s'élaborent de nouvelles représentations de la femme, indépendante et active. Pour l'historien Georges Vigarello, l'histoire s'inscrit dans les corps.
Rien de plus culturel que la beauté physique. Rien de plus mêlé aux statuts, aux valeurs, aux marchés. Rien de plus « total » aussi que cette beauté où se croisent gestes, signes et traits. Les changements dans l'apparence féminine dès les premières décennies du XXe siècle en sont un exemple canonique. Allures plus libres, lignes plus souples, expressions plus soulignées, tout dans la mise en scène de soi donne l'indice de transformations qui la dépassent : celles qui révolutionnent la place du féminin dans la société.
C'est sur un changement de silhouette que s'inaugure la beauté du XXe siècle, « métamorphose » amorcée entre les années 1910 et 1920 : lignes étirées, gestes allégés. Les jambes se déploient, les coiffures se relèvent, la hauteur s'impose. Les effigies de Vogue ou de Femina, en 1920, sont sans rapport avec celles de 1900 : « Toutes les femmes donnent l'impression d'avoir grandi. » Leur allure glisse de l'image de la fleur à celle de la tige, de la lettre « S » à la lettre « I ». Cette gracilité n'est pas seulement formelle.
Cheveux courts, silhouette élancée en robe tubulaire pour danser toute la nuit ou confortable ensemble de maille le jour: la mode des "années folles" (1919-1929), d'une étonnante modernité, témoigne de l'émancipation des femmes et de l'émergence d'un nouveau style de vie.
Elle fait l'objet à partir du samedi 20 octobre d'une exposition au musée Galliera à Paris qui montre combien la période voit se libérer le corps des femmes et naître de nouveaux canons de la beauté.
L'exposition (170 modèles et 200 accessoires) veut sortir de "l'image d'Epinal" de la mode des années 20 (robe droite, chapeau cloche, sautoir, coupe au carré) et mettre en avant sa "modernité".
Après la première guerre mondiale, comme pour rattraper le temps perdu, les années 20 s'amusent avec frénésie, au rythme du jazz et du charleston, applaudissent Josephine Baker et sa Revue Nègre, découvrent la vitesse et le monde grâce à l'automobile et l'avion, aiment les activités de plein air pratiquées par des femmes qui n'ont plus peur d'avoir le teint hâlé.
Figure emblématique, la "garçonne" porte des tenues et des accessoires masculins (chapeau melon, cravate, monocle...) le jour, et des vêtements ultra-féminins la nuit. Une vitrine est consacrée à cette femme jeune, à la silhouette androgyne et aux moeurs libres qui préfigure la femme moderne.
L'exposition met en lumière le contraste entre la garde-robe du soir et de la nuit, tout en lamés et broderies précieuses, et celle du jour, plus sobre et influencée par le vestiaire masculin.
Dès son arrivée, le visiteur est plongé dans l'atmosphère des dancings de Pigalle, de Montmartre ou de Montparnasse. Les "robes à danser", droites et sans manches, en tulle ou crêpe de soie brodés de strass et de perles, comportent des panneaux qui permettent le mouvement, comme cette robe de 1923 signée Lenief, baptisée "Ouvert la nuit", du nom d'un roman de Paul Morand paru en 1922.
L'exposition présente d'autres robes signées Paul Poiret, Jacques Doucet, Jean Patou, Lucien Lelong...
Les soirées mondaines ou de gala imposent une élégance plus luxueuse. On pourra notamment admirer le manteau "Sigurd" dessiné par Jeanne Lanvin en 1927, en taffetas de soie brodé de paillettes et de fils métalliques et des accessoires comme des chaussures-bijoux aux talons strassés, des diadèmes, éventails, sautoirs et pochettes.
L'élégante des "années folles" adopte une tenue habillée dès la fin de l'après-midi. A partir de 1924, elle peut porter une petite robe noire créée par Coco Chanel.
Le jour, "les ensembles en maille (sweater et jupe) deviennent la base de la garde-robe alors que jusque dans les années 10, la maille était plutôt réservée au sport". "On les porte jusque vers 4-5H du soir". Le rôle majeur de Coco Chanel qui pendant la guerre de 14 commence à exploiter le jersey est également à souligner.
Confort et sobriété sont les maîtres mots de ce vestiaire conçu pour des femmes actives qui pourront voyager lovées dans un manteau baptisé "100 à l'heure" et porter des chandails similaires à ceux des hommes.
L'exposition montre la variété des sources d'inspiration des couturiers. La découverte du tombeau de Toutankhamon en 1922 donne par exemple naissance à des motifs de lotus ou de hiéroglyphes tandis que Paul Poiret taille une veste dans une nappe russe rappportée de voyage.
Dans le cadre de cette exposition, d'autres manifestations (expositions, courts et longs métrages) sont prévus notamment au musée Baccarat et au musée d'Orsay.
Coco Chanel
Le couturier le plus influent des années 20 était la couturière française Gabrielle "Coco" Chanel. Elle est considérée comme étant par beaucoup "la créatrice de la femme moderne". Elle a semblé connaître quelles femmes ont eu besoin, et sa figure de garçon mince lui a fait un excellent modèle pour ses propres créations. Chanel a estimé que les vêtements traditionnels pour des femmes étaient trop confinant et peu adaptés pour les femmes actives des années '20. Elle était un pionnier en adaptant les modes des hommes, telles que le chandail et le blazer, dans les vêtements occasionnels que les femmes pouvaient porter. Ses pyjamas de plage étaient toute la fureur vers la fin des années 20 et le début des années 30. Elle a frayé un chemin d'utilisation des laines Jersey pour des costumes et pour sa "la petite robe noire" avec le collier et les manchettes blancs.
Toujours un poseur de tendance, Chanel était un du premier de 'bob' ses cheveux, pour fumer des cigarettes, et pour afficher un soleil tan, qui jusqu' aux années 20 a été considéré vulgaire. Elle a conçu et a favorisé ses " bijoux d'illusion " (bijoux de costume) qui ont incorporé des chaînes d'or avec de grandes pierres d'imitation de gemme et perles synthétiques. Chanel était fameuse par son costume classique comportant une veste sans collier avec contraster l'équilibre tressé et une jupe droite. La simplicité et l'élégance minimisée étaient les cachets de toutes ses conceptions.